Été 85, ou comment dépeindre l’été et l’amour autrement
- 9 déc. 2021
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Été 85 est le dernier film de François Ozon, notamment réalisateur de l’acclamé Grâce à Dieu ou de 8 femmes. Il revient ici nous conter un amour tumultueux entre 2 jeunes hommes pendant l’été 1985. Récit sensoriel et déchirant d’une relation trop intense.

L’histoire
Été 85 raconte l’histoire d’amour entre Alexis et David, incarnés par Félix Lefebvre et Benjamin Voisin, et de leur relation durant ce fameux été. L’histoire prend place au bord de la mer, symbole de la saison estivale, si propice aux relations intenses mais qui ne peuvent pas durer. Ce sentiment d’insouciance, cette jeunesse enivrante, ces histoires qui semblent inébranlables, que même la plus puissante des tempêtes ne pourraient faire trembler. Sauf que comme toute bonne histoire, elle a une fin. Et c’est à partir de cette fin, qui est forcément triste, comme toutes les histoires d’amour, qu’Alexis va nous raconter la sienne, d’histoire. Par le biais d’une voix off, le protagoniste va nous raconter sa rencontre, ses sentiments, son aventure avec David, cet Été 85 qui ne ressemble à aucun autre et cet amour adolescent insouciant.
La réalisation
François Ozon est un réalisateur acclamé, et pour une bonne raison, c’est un très grand metteur en scène, avec des partis-pris esthétiques forts, assumés, à une époque où le cinéma est souvent trop lisse et trop uniforme. En ce qui concerne les partis-pris artistiques, le premier qui saute aux yeux est la façon dont il est filmé, avec une pellicule très peu utilisée aujourd’hui, le Super 16 mm, qui permet d’avoir un grain très présent sur la toile. Ce grain est à la fois là pour le rapport à l’époque, rappeler comment on faisait des films dans les années 80. Mais ce grain à une seconde fonction, celle de rendre plus tangible l’histoire, de permettre au public de se sentir proche des personnages. En effet, la personnalité des personnages ressurgit grâce à ce choix de pellicule. Les fêlures inhérentes aux deux personnages principaux sont parfaitement bien représentés par les défauts de l’image. Mais on ne peut pas parler de la réalisation de François Ozon sans évoquer sa mise en scène. Car c’est là où ces acteurs peuvent se ballader dans une minutie orchestrée assez magnifiquement. Tous les mouvements ont l’air d’être calculé dans le moindre détail, il y a une précision, une fluidité, qui ne laisse pas place au faux pas, et cela tombe bien, puisqu’il n’y en a jamais. François Ozon réussit donc à laisser suffisamment de place à ces acteurs pour qu’ils puissent se mouvoir dans ces décors sublimement banals (ces maisons de bord de mer, qui renferme un charme de l’ancien, du conservé hors du temps) et pouvoir déclamer des répliques particulièrement bien senties. Ce qui nous emmène au prochain point…

Le scénario
Le scénario a été écrit par François Ozon également. Et cela se sent dans le film. Le réalisateur a un parfait contrôle de tous les aspects de son long-métrage. Puisqu’il est le réalisateur, le scénariste et même le caméraman, on peut comprendre pourquoi le film est aussi cohérent dans tout ce qu’il raconte. Mais pour revenir sur les dialogues en eux-mêmes, ils sont construits de manière à être vrais, sans jamais franchir une ligne rouge qui desservirait le film pour le faire passer dans le mélodrame. Les dialogues sont là pour faire vrai, même si parfois ils peuvent sembler sur-écrit. Parce qu’ils sont toujours au cordeau, que certaines scènes ne pourraient pas arriver dans la vraie vie (la scène du : Est-tu mon ami ?, pour ceux qui ont vu le film) mais qui permettent d’en apprendre tellement sur les personnages en quelques lignes. Et François Ozon a réussi à ne pas tomber dans l’écueil qui arrive régulièrement au cinéma. Toutes les lignes de son dialogue sont utiles. On a pas de phrase explicative, ce qui sort de la bouche des personnages est ce qui ne se voit pas à l’image. Il respecte ainsi la règle de base du cinéma, qui est le « show don’t tell », que l’on pourrait traduire par « montre, ne dis pas ». Donc l’image est au moins aussi importante que les paroles des personnages. Et puis on ne peut pas aborder le thème du scénario sans parler de la voix-off qui intervient tout au long du film. On a dit plus tôt que c’est Alexis qui raconte l’histoire. Et bien c’est très important pour le long-métrage et le message qu’il veut faire passer que ce soit lui qui raconte l’histoire. Car pour l’instant, nous ne sommes pas trop rentrés dans la psyché des personnages. Mais Alexis, notre narrateur, est un jeune homme qui est un romantique au sens premier du terme. « Qui manifeste une prédominance d'idéalisme et de sentimentalité. Qui, par nature, touche la sensibilité et l'imagination, invite à l'émotion et à la rêverie, à l'expression des sentiments ». Alexis n’est que ça, dans son pur appareil. Une boule de sentiments qui est dans la tendresse et la fragilité émotionnelle tout au long du long-métrage. A l’inverse, David est un jeune homme qui a sensiblement le même âge, mais qui voit la vie d’une façon presque inverse. Pour lui, il est important de vivre, intensément et sans jamais s’arrêter, vivre comme si la mort n’existait pas, vivre de manière effréné.
Les acteurs
Les acteurs, inconnus pour le grand public, crèvent l’écran. Félix Lefebvre, pour lequel c’est le premier grand rôle, montre une palette de jeu tout bonnement démente. On passe de la joie à la tristesse avec lui tout au long du film, il nous embarque avec lui dans cette aventure. Cette fragilité dont on parlait plus tôt vient principalement de lui. De son physique assez chétif, de son teint blafard, de sa timidité, sa peur de s’engager, cette tendresse attendrissante. De l’autre côté, Benjamin Voisin déploie un tout autre registre d’émotions. Avec lui, on a une approche beaucoup plus physique. Une sorte de rebelle, de fantasme pour Alexis. Celui qui le fera sortir de sa torpeur, celui qui l’entraînera dans une aventure, dans un tourbillon d’émotions qui les dépassera tous les deux. Cette différence entre les caractères des deux personnages jaillira notamment dans la scène de la boîte (encore une fois, ceux qui auront vu le film comprendront), où les deux danseront ensemble, mais avec une musique différente. Et là les deux personnages peuvent presque être définis simplement par cette scène. Comment l’un, plein de vie, déborde d’énergie, saute, s’épuise presque, l’autre est beaucoup plus calme, plus tendre encore une fois. Et cette scène fera écho à une scène déchirante à la fin du film, où Alexis dansera une nouvelle fois, mais seul, avec l’énergie de David. Pour finir sur les acteurs, on a une vraie communication entre les deux, notamment dans les jeux de regard, que ce soit dans la tendresse, dans le désir, dans la violence ou dans la tristesse.

Conclusion
Été 85 est un très grand film, qui aurait dû concourir à Cannes (il est auréolé du label Cannes 2020) et qui est sorti dans les salles tout récemment. Alors oui lorsque l’on sort de la salle on n’est pas forcément très bien, puisque même si la fin est douce amer, il y a tout de même un assez grand sentiment de tristesse, mais il important d’aller le voir. Ne serait-ce que pour comprendre pourquoi il est important de sortir, de faire des rencontres, d’aimer, de pleurer, de vivre tout simplement. Même si tous ces mots ne sont pas nécessairement les mieux adaptés au contexte actuel, Été 85 est un film qui donne envie d’aller de l’avant, et il est nécessaire, ne serait-ce que pour ça.



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