Monsieur et Madame Adelman, ou créer l’inattendu
- 25 janv. 2022
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Monsieur et Madame est le premier film de Nicolas Bedos, sorti en 2017. Il traite de la vie de Sasha et Victor Adelman, de leur relation, du succès littéraire de ce dernier, de la parenté, de la vie, et des questions sur l’art, l’ennui et la création.

Source : MK2, MILE END
Nicolas Bedos. La simple évocation de ce nom fait ressortir de nombreux préjugés. Pour certains, c’est le nom qui ressort. Celui de Guy Bedos, son père, et dont les mêmes personnes critiquent le travail du fils avant de l’avoir découvert, le voyant instantanément comme un arrivé, un fils à papa, né avec une caméra et un scénario dans les mains. Pour d’autres, Nicolas Bedos, c’est le chroniqueur de Ruquier. Cette personnalité parfois sexiste, outrancière, égocentrique, et une parfaite représentation du mondain parisien. Et pour d’autres, Nicolas Bedos est un réalisateur, un scénariste et un acteur plus qu’intéressant, que ce soit par La Belle Epoque, par sa reprise d’OSS 117 (pas nécessairement réussie par ailleurs), mais cet artiste qui tente de créer dans un cinéma populaire français souvent sclérosé dans des poncifs usés jusqu’à la corde. Et pour parler du réalisateur, il est important de revenir à sa première œuvre, Monsieur et Madame Adelman, sorti en 2017.
Avant de parler de ce qui compose le long-métrage, il faut rappeler qu’il n’est pas seulement le bébé de Nicolas Bedos, mais également celui de Doria Tillier, ayant écrit le scénario avec lui. Doria Tillier qui est peut-être la véritable âme du film. Pour raconter l’histoire d’un couple sur plus de 40 ans, il faut avoir deux personnages se complétant, et qui attachent l'œil. C’est pour cela que l’actrice est si prépondérante à tous les instants du film. C’est pour cela que la caméra et le spectateur s'attardent autant sur son sourire, ses mimiques, sa gestuelle, ses paroles, ses traits d’esprit, sa colère, son génie,... Sans vouloir glamouriser le film, le fait que Nicolas Bedos et Doria Tillier étaient en couple au moment du tournage a inévitablement la façon de filmer.

Source : MK2, MILE END
"Tout. Tout sauf l'ennui"
Mais il faut désormais se recentrer sur ce qui fait le sel de cette œuvre, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, on assiste à un récit littéraire, verbeux au possible, proche du théâtre filmé par moment. Avec Nicolas Bedos aux dialogues, on pouvait s’en douter, mais le scénario est chargé, vif, impertinent (même si ce terme ne veut pas dire grand chose) et constant. Le ping-pong entre les deux protagonistes est incessant, presque parfois éreintant. Et c’est pour cela que le film est aussi jouissif au visionnage. Parce qu’il n’a pas envie de faire respirer le spectateur. Parce qu’il ne souhaite pas qu’on s’ennuie. Le personnage de Victor Adelman s’exclame un moment “Tout. Tout sauf l’ennui !”. Et c’est cela le cinéma de Nicolas Bedos, et la vision dans ce premier film, ce premier jet. C’est un cinéma du trop, du surplus, de la surcouche pas nécessaire, mais qui rend le tout tellement vivant. Il ne faut pas s’attarder sur les maladresses, sur l’esbrouffe visible, sur le côté romanesque, il faut se prendre au jeu, se laisser porter, et entendre les moments de génie, de bêtise, d’inepties, fuser à toute allure.
Sur le fond, là aussi on voit une vraie prise d’initiative. Je parlais plus tôt de théâtre filmé. C’est le risque lorsque l’on souhaite faire un film verbeux. Sauf que la caméra réussit à suivre le rythme, à emprunter la même foulé que le texte, sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Parfois, la caméra réussit même à prendre le pas sur le scénario, avec des vrais moments de bravoure cinématographique. Le plan qui vient forcément en tête est un plan où la caméra tourne autour du personnage de Victor Adelman lorsqu’il commence à écrire son nouveau roman. Ici, la scène s’emballe, le tournoiement s’amplifie au fil des secondes, et le spectateur que nous sommes reste pendu à son écran, tout en sachant pertinemment ce qu'il est en train de se produire.

Source : Les Films du Kiosque - Christophe Brachet
Autre élément important du long-métrage, c’est la volonté de Nicolas Bedos et Doria Tillier de jouer Victor et Sasha Adelman à tous les âges de leurs vies. La performance de l’équipe de maquillage est par ailleurs parfaite, puisqu’à aucun moment on est dérangé par les faciès que nous voyons. Mais c’est également une performance d’acteur à souligner. Là où certains long-métrages se prennent les pieds dans le tapis avec ce genre de démarche (The Irishman, aussi excellent soit-il, a des problèmes avec le rajeunissement de Robert De Niro notamment), ici Nicolas Bedos et Doria Tillier savent jongler et aller chercher dans leurs jeu des émotions qui sont toujours crédibles, jamais fausses. Et pour conclure, il faut saluer la performance de seconds rôles, notamment Antoine Gouy (qu’on ne voit vraiment pas assez au cinéma), Denis Podalydès ou Pierre Arditi.
Monsieur et Madame Adelman est loin, très loin d’être un film parfait. C’est une première ébauche, un premier brouillon, mais tellement plein de vie, d’ambition, de bravoure, qu’il est difficile de ne pas l’aimer. Et la carrière de Nicolas Bedos semble le prouver, avec l’excellent La Belle Époque (malgré le résultat mitigé d’OSS 117 : Alerte Rouge en Afrique noire), ce long-métrage pourrait être le début d’une filmographie passionnante.



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