Felicita, ou le conte moderne
- 9 déc. 2021
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Felicita est le nouveau film de Bruno Merle, réalisateur de Héros avec Mickaël Youn il y a 13 ans. Son premier ayant fait ce qu’on appelle communément un flop en termes d’entrées, il n’avait pas eu l’occasion jusqu’à aujourd’hui de reprendre la caméra. Mais avec ce nouveau film, est-ce que les portes du succès, public et critique, vont enfin s’ouvrir pour lui ?

Felicita raconte l’histoire de Tommy (Rita Merle), fille de Tim (Pio Marmaï) et Chloé (Camille Rutherford), la veille de la rentrée. Sauf que cette famille a une vie assez alternative. Elle ne vit pas selon les codes habituels de la société. Mais tout ce passe pour le mieux jusqu’à ce que certains démons du passé viennent ressurgir dans le présent…
La réalisation
Pour Bruno Merle, c’est la deuxième fois qu’il faut prendre la caméra, et essayer de faire mieux que la première fois. Et quel réussite ! On a ici une réalisation qui se concentre beaucoup sur les personnages, essayer de nous faire ressentir les émotions de ceux-ci, avec certains plans qui peuvent nous rappeler par instants Terrence Malick (notamment 2 ou 3 plans sur une plage) ou d’autres qui peuvent rappeler Quentin Tarantino, avec une scène dans un diner qui peut évoquer les scènes de diner de Pulp Fiction ou de Reservoir Dogs, avec les dialogues qui suivent. Car en effet, c’est également Bruno Merle qui scénarise le film, ce qui fait de Felicita un film d’auteur. Et on sent cette maîtrise et cette connexion entre le texte et l’image. La scène du diner, pour continuer le parallèle avec Tarantino, possède un personnage qui conte une histoire, comme les personnages de ce cher Quentin peuvent avoir l’habitude de le faire. Mais la réalisation de Felicita ne s’arrête pas à ça. Ce serait beaucoup trop simple de citer deux grands auteurs du cinéma moderne pour s’effacer derrière eux. Non, ici la réalisation et le scénario concorde pour nous offrir un film à deux facettes. La première étant un espèce de film de vacances et de mode de vie alternative, dans la veine d’un Captain Fantastic, de Matt Ross. Dans cette partie, la réalisation est très aérée, laisse beaucoup d’espace à l’extérieur, au paysage, aux décors, et c’est également dans cette partie que la photographie est la plus éclatante. Cette photographie très solaire, très belle. On est dans un mélange entre le soleil, la mer, la verdure, les oiseaux qui chantent, la campagne, etc. Cette réalisation et photographie qui referont d’ailleurs irruption vers la fin du film, comme pour contrecarrer les ténèbres de la seconde partie du film.
Car la deuxième partie est beaucoup moins solaire. Déjà on est beaucoup plus dans la nuit, et c’est surtout que les problèmes de Tim (le père) vont revenir à la charge avec une puissance destructrice pour toute la famille. Autre point plus que nécessaire d’aborder si on parle de la réalisation de ce long-métrage, c’est que la majorité de l’histoire est racontée depuis les yeux de Tommy, interprétée par Rita Merle (fille du réalisateur). Cette vision enfantine exacerbe donc le contraste entre la lumière qui vient quand elle est joyeuse et l’angoisse et la peur qui vient quand elle se retrouve seule au milieu de la nuit. C’est d’ailleurs là où un moyen d’écriture entre en jeu…

Le scénario
Comme dit précédemment, c’est Bruno Merle qui a écrit le scénario. Et un aspect qu’on a volontairement laissé de côté dans la réalisation intervient maintenant. C’est tout l’aspect imagination et fantasmagorique qu’à le film. Dès le début, Tim décide de raconter une histoire à sa fille pour la piéger, ensuite il fait la même chose avec sa femme, mais à chaque fois en gardant le côté sérieux, ce qui fait que nous ne savons jamais, comme les personnages, si ce qu’il dit est vrai ou faux, on est toujours dans le doute. Sauf que quand Tim et Chloé sont partis, et que Tommy se retrouve seule, ces histoires que lui raconte son père, comment savoir si elles sont vraies ou fausses. Et surtout, maintenant qu’ils sont partis, c’est elle qui se fait des histoires dans sa tête. Mais Bruno Merle a encore une fois l’intelligence de filmer les histoires qu’elle se raconte, pour que nous puissions vivre avec elle ses angoisses. Et pour beaucoup d’entre nous, cela nous rappellera les histoires que l’on se racontait petit. L’imagination débordante lorsqu’on ne sait pas où Papa et Maman sont partis, qu’est-ce qu’ils font, en s’imaginant toujours le pire et le meilleur scénario. Mais de ces angoisses rejaillit une morale importante, finalement assez basique, mais qu’il ne fait jamais de mal à rappeler, et qui également la morale d’un autre superbe film, Mr Nobody de Jaco Van Dormel. Celle-ci étant, « Tu as toujours le choix. Mais sache que chaque choix que tu prends aura une influence sur la suite de ta vie et des futurs événements. Mais le pire choix reste celui de n’en faire aucun ».
Les acteurs
Attardons-nous maintenant sur les comédiens qui peuplent cet univers à la fois si proche et si lointain de nous. En premier lieu il faut féliciter la jeune Rita Merle. Pour son premier grand rôle, elle assure et tient parfaitement la comparaison avec des acteurs confirmés comme Pio Marmaï ou Camille Rutherford. Et le fait qu’elle soit engagée aurait pu poser problème. En effet, prendre quelqu’un de sa famille pour jouer un personnage plus qu’important, cela peut être vu comme du népotisme, surtout si la performance ne suit pas, que la personne ne sait pas jouer ou si l’alchimie sur le plateau n’est pas bonne. Bon, pour le dernière affirmation nous n’avons malheureusement pas la réponse, mais pour les deux autres, clairement Rita Merle a une palette d’émotions vraiment impressionnante pour son jeune âge. On navigue entre la tendresse, la rêveuse et la joie dans certaines, pour virer à l’angoisse et la peur dans d’autres, c’est très fort. De même pour Pio Marmaï, qui sans surprise est très bon en père de famille, et qui est très bon en tant qu’acteur tout simplement, puisque ce n’est pas sa première très bonne prestation. Et pour finir sur le casting, Camille Rutherford, moins connu (ce qui est un choix du réalisateur, qui souhaitait que le public puisse plus facilement s’identifier à l’actrice) a une vraie connivence avec Pio Marmaï et Rita Merle, ce qui en fait un trio plus que rafraîchissant dans un cinéma français où on peut avoir la désagréable impression de voir toujours les mêmes visages. Ah oui, et nous avons oublier un comédien secondaire mais qui délivre la morale du film, précédemment énoncé, et une autre morale, qui est « méfiez-vous de la normalité, n’ayez pas peur d’être différent, d’être bizarre, car le plus bizarre, c’est de vouloir à tout prix être normal » mais on ne spoilera pas qui est ce comédien, pour que vous puissiez garder la surprise.

Conclusion
Pour conclure, Felicita, comme Été 85 plus tôt, montre que le cinéma peut vivre et vis même très bien sans le cinéma américain. Felicita est une ode à la bizarrerie, à l’étrange, à l’anormal, à ce et ceux qui ne rentrent pas dans des cases. Et puis en plus c’est quand même très beau. Donc foncez le voir s’il est encore en salles près de chez vous, et n’hésitez surtout pas d’emmener toute votre famille, car c’est un film qui peut plaire aux plus petits comme aux plus grands, avec un beau message.



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