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Après un an, que reste-t-il d’Euphoria ?

  • 8 déc. 2021
  • 5 min de lecture


Sortie il y a précisément 16 mois dans le monde entier par le biais de la chaine de télévision HBO, Euphoria est une série qui a énormément marqué le public et la critique par un traitement très, disons spécial, de la jeunesse américaine. Mais un an et quatre mois après sa sortie, qu’est-ce qu’il en reste ? Est-ce que cette série a marqué les gens sur le coup ou est-ce qu’elle reste dans les esprits comme la grande série qu’elle s’est toujours revendiquée d’être (spoiler : OUI, mais on va essayer de développer un peu plus ça).


Un impact sur la jeunesse


Premièrement, ce qui marque quand on regarde la série et les retours qu’il y a eu et qu’il y a toujours dessus, c’est à quel point la jeunesse du monde entier s’est accaparé du phénomène qu’a été le show pour l’exporter dans le monde réel. On ne compte plus les make-up tiré d’Euphoria, les Tik Tok tirés de la série. Mais plus qu’un simple effet de mode sur les réseaux, Euphoria a eu un impact important sur des personnes qui ne se sentaient pas bien dans leurs corps, dans leur vie, et qui ont pu s’identifier aux personnages de la série (la galerie de protagonistes et de personnages secondaires étant suffisamment ample pour permettre à chaque téléspectateur de se reconnaître dans l’un d’entre eux). C’est d’ailleurs un des casting les plus variés que nous a offert la télé depuis longtemps. Entre Barbie Ferreira (Kat) , une des premières mannequins grande taille, Hunter Schafer (Jules), acteur.trice transgenre dont le personnage est également transgenre ou encore Maud Apatow (fille du réalisateur Judd Apatow).





Le bon, la brute et le cruel


Si il y a bien un point qui distingue Euphoria des classiques teen séries (séries adolescentes) c’est à quel point elle jette un regard cruelle et plutôt cynique sur la jeunesse américaine. Entre le sexe à outrance, et assez souvent du sexe dans la brutalité que dans la douceur (la série a même dû être remonté car elle comportait trop de scènes de sexe pour la télé américaine), la violence physique et psychologique, le show ne brosse pas les adolescents dans le sens du poil. Pourtant n’est-ce pas là l’objectif de Sam Levinson (le show-runner). Montrer à quel point la jeunesse américaine est en pleine mutation, en pleine transition, et qu’il n’y a presque plus de barrières, plus de limites. C’est d’ailleurs un des dialogues majeurs de la série, prononcé dès le premier épisode. « J’envie ta génération. Vous vous fichez des règles. Pour moi c’est positif ». Sauf que cette pensée est prononcée par un patriarche réactionnaire. Et c’est sûrement là que se situe la nuance de la série. Elle ne montre pas une jeunesse en pleine mutation. Elle montre le regard que porte la vieille génération et les personnes trop conservatrices sur cette jeune génération. C’est d’ailleurs pour ça que tous les personnages foncièrement mauvais sont punis. La série est d’ailleurs loin d’être manichéenne sur ce point, mais démontre une certaine vision de son auteur sur la psyché humaine. Les êtres fondamentalement lumineux réussissent tous à s’en sortir, même s’ils ont fait beaucoup d’erreurs. A l’inverse, les êtres fondamentalement nocifs (la famille Jacobs, le père de Cassie et Lexie, et Maddy (même si elle n’est pas nécessairement nocive, elle représente un certain stéréotype de la jeune fille américaine qui ne se doit plus d’être selon le show (et elle a d’ailleurs une petite rédemption dans le dernier épisode)) ne s’en sortent pas et sont détruits.


La naissance d’une icône


Euphoria aura été, en plus de la naissance de son auteur Sam Levinson, la naissance au premier d’une nouvelle icône, Zendaya. Même si elle avait déjà été aperçu plus jeune sur Disney Channel, ce qui peut être un point positif (Ryan Gosling, Justin Timberlake) ou plus compliqué (Lindsay Lohan), c’est son premier grand rôle dans une oeuvre majeur. Et d’ailleurs récompensé d’un Emmy Awards de la meilleure actrice dans une série dramatique (plus jeune lauréate de l’histoire) il y a quelques semaines. Mais plus que de simples récompenses ou un passé glorieux, Zendaya est Euphoria. Elle représente les troubles de la jeunesse avec le côté addict de Rue mais également son côté extrêmement lumineux. Le personnage de Rue, par sa bipolarité, va dans le même sens de liberté infinie mais de chaos permanent. La mise en scène accompagne d’ailleurs ce chaos permanent. Par le choix de certaines scènes, notamment celles ou Zendaya est droguée, et que le monde autour d’elle s’effrite, tourne, se meut, qu’elle ne tient plus debout. En parlant de mise en scène...





L’esthétique de la décennie 2010


On sent bien qu’Euphoria est la digne héritière de tout ce qu’il s’est fait esthétiquement dans les années 2010, que ce soit dans les séries ou dans le cinéma (on y reviendra plus tard mais Euphoria se rapproche bien plus du cinéma que de la série télé classique). Pour l’esthétique, c’est la photo qui crie le plus son amour pour le cinéma très récent. On pense forcément au cinéma de Nicolas Winding Refn lorsque l’on voit la photo de la série (réalisée majoritairement par le directeur de la photo Marcell Rév), avec ces néons omniprésents, ces stroboscopes utilisés dès qu’il y a une soirée, etc. Cela rappelle un film comme The Neon Demon. Mais Roger Deakins est également convoqué. Le directeur de la photo de Denis Villeneuve ou encore de Skyfall est connu pour avoir des couleurs très fortes qui viennent marquer la pellicule ou le numérique. Suffit de regarder Blade Runner 2049 pour comprendre en quoi le orange et le bleu on une importance presque christique dans son travail. Une photo qui est hérité du cinéma pour une série, mais est-ce le seul lien d’Euphoria avec le cinéma ?


Série ou cinéma : le nouveau dilemme


Euphoria n’est clairement pas une série télé au sens propre du terme. Mais plus beaucoup de séries ne sont des séries télé au sens propre du terme aujourd’hui. Car dans un épisode dit « classique », cet épisode doit être visionnable par lui-même, que l’on ait pas besoin de tout le contexte pour comprendre ce qu’il se passe, et doit souvent se finir par un clifhanger. Euphoria n’emprunte pas du tout ce chemin. On est plus proche d’un film de 8 h qu’une série télé comme Friends par exemple. Les clifhangers n’existent tout simplement pas, chaque épisode se terminant sur un générique sec, mais qui induit la suite à chaque fois, il n’y a pas d’épisodes visibles seuls. Et puis il y a une question de mise en scène. Ici on s’éloigne de la mise en scène fonctionnelle et pratique que l’on trouve habituellement dans les séries pour avoir une démarche, encore une fois, qui se tourne plus vers le cinéma. C’est d’ailleurs 4 réalisateurs de cinéma qui ont oeuvré sur les différents épisodes (Sam Levinson, Jenifer Morrison, Pippa Bianco et Augustine Frizzell). Et cela se retranscrit sur l’image, tout le propos ne sors pas seulement du scénario. On respecte une des premières règles du cinéma, qui est le « show don’t tell », que l’on peut traduire par « montre, ne dis pas ». Et Euphoria montre tellement tout si bien, avec une telle justesse, une telle douceur mais en même temps une vraie cruauté.


Conclusion


Qu’est-ce qu’il reste d’Euphoria après un an ? Et bien il reste un immense coup de poing donné par Sam Levinson et une équipe au diapason, qui a marqué toute une jeunesse (oui c’est le mot principal de l’article) et qui continue de vivre avec elle par le biais des réseaux sociaux. Euphoria n’est pas un soufflé qui est rapidement retombé, il est une œuvre majeur et qui est voué à rester longtemps. Une hâte rarement vu est présente sur les réseaux sociaux. La nouvelle et l’ancienne génération se réunisse sur le caractère incroyable de la série, qui est devenue un phénomène culturel. Bref, Euphoria est et restera (en tout cas pour la première saison), Immense.




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